TCP-NTP, projet libéral soutenu par des élus de gauche ?

Publié le par michel sanciaud

 De quoi parlons-nous ? D’un projet de tunnel ferroviaire à grande vitesse, environ 140 Km /h, sous et à travers la chaîne Pyrénéenne, pour transporter du fret, soit par ferroutage (camions sur les trains) soit en containers. Les gares modales seraient : Saragosse en Espagne - elle existe, elle s’appelle Plaza - soit en France, Castelnau d’Estretefonds au nord de Toulouse, où fonctionne d’ores et déjà une plate-forme routière, soit Agen pour ce qui concerne les éventuels tracés au centre de la chaîne. Il ne faut pas oublier qu’il y a neuf tracés possibles et concurrents. Du point de vue technique, il faut consulter les sites d Actival et d’Epine où l’on peut découvrir comment, avec quels moyens, avec quels personnels, se construit ce type de tunnels. Une connaissance plus approfondie peut être acquise en visionnant le film sur le percement du St Gothard. Ce mode de transport nécessite deux tunnels parallèles avec des couloirs de liaison perpendiculaires aux axes principaux ; ces couloirs servent à la sécurité et à la maintenance ; La longueur du tunnel dans le 65 serait d’environ 50 kms. La durée des travaux, comparativement au St Gothard, serait de 15 ans minimum. La vallée retenue subirait une noria de camions, nuit et jour, pour évacuer les déblais. Déblais que l’on déposerait où ? La consommation d’eau nécessaire au fonctionnement du tunnelier est de 500 mètres cubes par jour. Imaginez le résultat sur la vie des habitants, sachant qu‘en vallée d’Aure l’eau potable est fournie par des captages locaux ou des sources. Pour terminer cette brève présentation, ne pas oublier que les vallées concernées, Gaves ou Aure, vivent essentiellement du tourisme et du thermalisme. Quinze ans de travaux défigurant la vallée et perturbant la circulation créeront-ils un attrait exceptionnel pour les touristes ? Les reverrons-nous un jour ces touristes qui assurent la prospérité des économies valléennes? Projet libéral capitaliste avons-nous dit ? Pourquoi ? L’argent public serait utilisé pour construire une infrastructure qui ne servirait qu’à une minorité : les transporteurs. Certes, l’argent public se dépense déjà pour des études, des subventions, alors que l’utilité de ce tunnel n’est pas démontrée. Si les travaux se concrétisaient, ce sont département, région, Etat et Europe qui financeraient à nos frais, la construction d’une ligne ferroviaire à usage privé. Bien sûr, on va nous amuser avec le soit-disant péage… Il faudrait que nos élus, porteurs de ce projet, gardent la tête froide et n’oublient pas que nous sommes dans un système politique libéral, en crise, de surcroît, et qu’ils ne seront jamais les décideurs du type de transport que choisiront les entreprises. Les patrons ce sont les financiers, les lois du marché régissent tout. Jusqu’à preuve du contraire, ce ne sont pas quelques députés et sénateurs qui seront capables de contraindre les seigneurs de la mondialisation. D’ailleurs, s’ils étaient conséquents avec eux-mêmes et les idées qu’ils professent et respectueux de leur électorat, ils devraient commencer par proposer à l’assemblée l’approbation de lois capables de contraindre le capitalisme. Mais les règles en vigueur sont celles de l’OMC, qui exige la libre circulation des marchandises et on ne les a jamais vus partir en campagne contre elles. Comme de nombreux autres citoyens, ils devraient savoir que la distance moyenne parcourue par les produits mis en vente sur les rayons de la grande distribution est de 2400 kms. Est ce dans cette incohérence qu’il faut s’inscrire ? Pour nous, citoyens insoumis à l’OMC, nous revendiquons de produire et consommer local, car ce n’est qu’ainsi que l’on pourra garantir la qualité et des prix décents pour le producteur et le consommateur. Leur projet va à l’évidence à l’encontre de l’intérêt général. Il est au service de minorités qui n’en feront usage que pour augmenter leurs profits, car ils sont les maîtres du jeu. Si nous laissons faire, dès les études, les profits iront aux financiers, et l’argent public sera dilapidé. Un peu d’histoire pyrénéenne pour illustrer ce qu’est vraiment l’intérêt général .Vers les années 1930, nos montagnes ont connu de grands travaux, barrages, conduites forcées entre lacs et barrages, construction de centrales hydroélectriques, constructions toujours existantes, toujours efficaces, toujours au service des citoyens et du plus grand nombre. C’était un usage efficace de l’argent public, c’est un exemple à suivre. Une petite suggestion. Ils vaudrait mieux qu’ils utilisent leur énergie pour garder EDF et les autres services publics en perdition comme la Poste. D’autre part, ce projet de tunnel s’accompagne de leurres qu’il faut rapidement détruire. Il s’agit du développement de l’emploi local et de l’amélioration de l’environnement. Parlons d’abord de l’emploi. Dans la phase actuelle d’études et d’analyses où nous nous trouvons, où sont les emplois locaux ? Quel bureau d’études, quel géologue du 65 travaille-t-il à ce projet ? Mais si nous analysons la phase “construction”, on s’aperçoit que les " tunneliers ", c’est ainsi que se nomment les entreprises spécialisées dans la réalisation de ces travaux, et qui sont peu nombreuses (on en compte seulement deux en Europe), se déplacent avec leur personnel qualifié, sélectionné pour des postes spécifiques, entraîné aux conditions de travail particulières, dans un environnement hostile. Elles interviennent dans un contexte de forte concurrence, où le non-respect des délais a des conséquences économiques importantes, les contraignant à l’efficacité immédiate, d’où la necessité d’employer un personnel formé et entraîné. Il n’y a pas de place pour le néophyte. D’autre part, ces entreprises amènent les bungalows pour loger leur personnel, qui est nourri sur place, Les seuls commerces qui pourraient profiter de retombées financières seraient, et seulement de temps en temps, les café et les buralistes. Les seuls emplois locaux éventuels pourraient être des emplois de chauffeur pour évacuer les déblais, si toutefois une ou plusieurs entreprises du 65 pouvait(ent) répondre à l’appel d’offre international, règlementation européenne oblige. A nous les nuisances, à d’autres les bénéfices... En parlant d’argent, savez-vous que Luxembourg/Perpignan en ferroutage existe et fonctionne depuis douze mois et que cette ligne est en déficit à tel point que la société exploitante privée vient de demander des subventions à l’Etat français ? Et pourtant il s’agit d’un itinéraire de plus de 1000 kilomètres, à comparer avec les critères économiques avancés, qui préconisent un minimum de 700 kilomètres entre gares modales, ce qui sera impossible pour la ligne passant par la TCP, qui fera au maximum 500. Nous pourrions continuer sur le leurre écologique, sur l’asséchement garanti des sources, entraînant la privation d’eau potable pour de nombreuses communes de prémontagne (voir le site d’Epine avec les sources et le tracé), et la disparition des poches d’eau thermale, incluses dans les roches qui seront traversées par le tunnelier, et, avec elles, des activités locales subséquentes. Visionner le film qu’Arte avait diffusé sur la construction du St Gothard ne vous laissera aucun doute sur les destructions à envisager, ainsi que sur l’emprise phénoménale, dès l’entrée de vallée, que nécessiterait cette construction. Actuellement, la vallée des Gaves n’a pas de camions et la vallée d’Aure ne voit passer que quelques transports de maïs, qu’un rappel à la loi devrait interrompre définitivement, Mais imaginez ce que serait la noria de camions évacuant, sur dix ans, 60 millions de tonnes de déblais (ou plus !).... Cependant, il y a un autre aspect qui n’est pas moindre à nos yeux : le manque criant de démocratie que représente ce projet, par son manque de transparence et de consultation des citoyens concernés, le gaspillage d’argent public qui commence par les subventions accordées aux lobbys locaux par les maires et conseillers généraux, et la mise en avant de porte-paroles incompétents qui se targuent d’assurer les relations franco-espagnoles autour dudit projet. Ce serait le moment d’organiser un vaste débat citoyen. Car le débat public, prévu en 2012, arrivera trop tard, une fois les décisions irrévocables prises. Un débat qui permette de déterminer avec pertinence où se trouve vraiment l’intérêt général des Hauts-Pyrénéens et que le Collectif Transport 65 regroupant ATTAC / ACTIVAL et EPINE est en capacité de présenter et d’animer, en présence des élus du département.
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